Sur Netflix, “Uncut Gems”, qui est un défi frénétique contre la mort

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Frangins sous tension biberonnés dans le Queens et émargeant depuis une douzaine d’années à l’école du cinéma indépendant new-yorkais, Josh et Benny Safdie nous livrent, avec l’électrisant Uncut Gems, leur cinquième long-métrage. Produit et diffusé par la plate-forme Netflix, il n’est pas loin d’être leur meilleur et marque avec le précédent – le déjà remarquable et frénétique Good Time en 2017 avec Robert Pattinson – la courbe ascendante qu’est en train de prendre leur carrière.

De la nuit cradingue du Queens au jour clinquant de Manhattan, on passe avec Uncut Gems à une vitesse possiblement supérieure, car tout entière logée dans le cerveau d’un vendeur kamikaze, devenue pure puissance mentale, tauromachie logorrhéique. Incarné de manière assez époustouflante par l’acteur Adam Sandler dans le rôle d’un joaillier aux abois, ce thriller fou se déroule dans les arrière-boutiques du quartier des diamantaires.

L’échographie de cette œuvre brute comme la pierre de son titre – faux raccords, verres blindés, balayages, éclairages crus, son parasité – révèle un cœur battant : Uncut Gems est un film sur la survie. La survie entendue comme philosophie, pratique mais aussi pathologie de la vie vécue de bout en bout comme un défi fiévreux contre la mort. Autrement dit, la vie comme négociation serrée avec le destin, tergiversation avec le néant, embrouille ontologique avec ses semblables, turgescence de la chair et de l’esprit, farce tragique menée à fond la caisse.

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