Virus Corona: la moitié des leçons tirées du SRAS en Chine

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Editorial du « Monde ». Dix-sept ans après le SRAS, qui tua 774 personnes parmi les 8 000 qui avaient été contaminées entre 2002 et 2003, un nouveau coronavirus venu de Chine place les autorités devant un défi. Pour l’instant moins mortel que son prédécesseur, tout en l’étant bien plus que la grippe, il est contagieux chez des patients ne montrant pas de symptômes, le temps d’incubation du 2019-nCoV étant de douze jours en moyenne, a expliqué le directeur de la commission nationale de la santé chinoise, dimanche 26 janvier.

Ma Xiaowei a aussi prévenu que le virus était « de plus en plus transmissible ». Il a fait part de « difficultés accrues de contrôler l’épidémie » et a souligné « les risques de mutations » du virus. Le même jour, le maire de Wuhan révélait que 5 millions de personnes avaient quitté la ville avant sa fermeture, le 23 janvier, y laissant 9 millions d’habitants. Le chiffre tient compte des millions de travailleurs migrants qui regagnent leur campagne plusieurs semaines avant le Nouvel An chinois. Il est alarmant, à l’heure de l’hyper-mobilité chinoise, qui a vu en moins d’une décennie Wuhan devenir un hub du train à grande vitesse.

Le coup de semonce de Xi Jinping
Ce parler-vrai est la conséquence directe de l’état d’urgence sanitaire décrété par le président Xi Jinping, samedi 25 janvier, premier jour de la nouvelle année lunaire chinoise. Face aux six autres membres du comité permanent, l’instance suprême de commandement du parti, M. Xi a appelé tous les niveaux du PCC et du gouvernement « à faire de la prévention et du contrôle de l’épidémie la priorité numéro un de leur travail ». Il était temps.

Le premier coup de semonce de M. Xi, sous forme d’instructions écrites, s’est produit le 20 janvier. Ce jour-là, Zhong Nanshan, un professeur de 83 ans arraché à sa retraite pour diriger l’enquête sur le coronavirus au sein de la commission nationale de santé, a confirmé que le virus se transmettait d’humain à humain. Le recours à cette figure connue de la lutte contre le SRAS, qui s’était rendue célèbre, à l’époque, pour sa franchise, symbolise les leçons apprises depuis.

Dès le 31 décembre 2019, la Chine a prévenu l’OMS pour un premier cas identifié le 12. Le 10 janvier, elle a séquencé le génome du nouveau virus. Cette rapidité tranche avec les lenteurs passées : le coronavirus responsable du SRAS fut défini cinq mois après le premier cas. Et, pendant trois mois, les autorités chinoises dissimulèrent la gravité de l’épidémie.

Pourtant, le déroulé des trois premières semaines, cruciales, de janvier a aussi vu ressurgir nombre des défaillances prévalant à l’époque du SRAS : lenteur des autorités subalternes à prendre la mesure du problème, manque de transparence, impossibilité pour les hôpitaux débordés d’obtenir l’aide de leur hiérarchie. Toute une machinerie bureaucratique s’est d’abord employée à censurer l’information et à maintenir la sacro-sainte « stabilité » au lieu d’agir.

Pour les Chinois, la crise du coronavirus de Wuhan pose, comme lors du SRAS, la question fondamentale de la confiance en leurs gouvernants. Mise au défi par la catastrophe sanitaire de 2003, l’équipe dirigeante en pleine transition (Hu Jintao succédait alors à Jiang Zemin) avait su, ensuite, promouvoir des avancées inédites dans le domaine du droit, de la société civile, des médias, et poursuivre la mise au niveau des capacités scientifiques. La crise du coronavirus de Wuhan touche un dirigeant en place depuis sept ans, qui, pour consolider son pouvoir, a rigidifié le système de gouvernance et réduit comme une peau de chagrin l’espace alloué à la critique et à la contestation. Sa gestion constitue un défi politique considérable pour Xi Jinping.

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